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La mère que l’on quitte

Mère du Fils unique, Mère de Dieu, Mère de la vie de la grâce en nous
Marie a reçu une grâce toute particulière : enfanter le Christ, Fils éternel du Père venu dans notre chair. Elle l’a porté et lui a prodigué toutes les attentions nécessaires à son bon développement, aidée de Joseph, son époux. Elle l’a reçu comme un don, comme toute vie. Elle l’a reçu pour nous le donner.
La Vierge n’a pas gardé son fils pour elle. Elle ne lui a pas dit : « Viens mon petit chéri, restons toujours à Nazareth, reste avec moi, et je m’occuperai bien de toi. » Il est parti. Il a quitté la maison. Elle l’a suivi, certes, jusqu’au bout, mais plus comme disciple que comme mère. Il le lui rappellera lui-même : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »
Et cela correspond parfaitement au dessein de Dieu pour l’humanité. Le Christ a vécu une vie pleinement humaine, y compris dans le fait de quitter la maison de Marie et Joseph à Nazareth. Cela pourrait nous surprendre, mais la première fois que l’on parle de la mère dans l’Écriture, c’est pour la quitter : « L’homme dit alors : ‘Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme elle qui fut tirée de l’homme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.’ »
Ce verset de la Genèse nous plonge dans une dimension essentielle de la maternité. D’abord, la femme biblique n’est pas seulement une déesse de la fécondité que l’on loue pour sa progéniture, elle est avant tout le vis-à-vis de l’homme. Partenaire avant d’être mère. Ensuite, la maternité n’est pas une fin en soi. Eve devient la mère des vivants, mais elle ne les garde pas pour elle. L’enfantement est un don au monde. Ce qui était jusque-là à l’intérieur, laissé au soin de la mère, devient visible et partagé par tous. Marie nous a donné Jésus, et cela jusque sur la croix. Elle l’a porté pour nous, et l’a recueilli au pied de la croix pour nous l’offrir. Elle a porté l’offrande jusqu’à l’autel et a pris soin du grand prêtre.
Parce qu’elle est mère de l’origine de toute grâce, le Christ, Marie nous est donnée comme mère dans notre dimension spirituelle. Elle veille à la croissance en nous de cette vie qui vient de Dieu. Et comme pour son fils, elle ne cherche pas à nous garder pour elle, mais nous conduit à Jésus.


La maternité est une tension qui parfois déchire : elle doit conjuguer une extrême intimité (jusqu’à mélanger ses cellules à celles de son enfant dans son placenta) et une séparation nécessaire. Une mère enfante deux fois : au moment de l’accouchement, puis lorsqu’elle prend conscience que son enfant est véritablement un être distinct d’elle-même. Ce second « enfantement » peut prendre des années, voire ne jamais se produire.
Étant donné la présence des bergers et la visite des Mages à la crèche, Marie a sûrement expérimenté très rapidement cette séparation, ce don de son fils. Il est bien son fils, mais il n’est pas seulement pour elle. Elle a contribué à cette œuvre de grâce en lui, qui se poursuit désormais en nous.
La solennité de Marie, Mère de Dieu, parle peut-être plus à celles qui ont reçu la grâce de porter la vie. Mais pour nous tous, elle rappelle ce mouvement essentiel de réception et de don. Une mère, ça se quitte, ça ne s’abandonne pas. Adam est devenu pleinement Adam lorsque Eve lui fut donnée par Dieu. Quitter sa maison n’est pas renier ses origines : c’est accepter de devenir pleinement soi avec ce que l’on a reçu. Il en va de même dans toute notre vie spirituelle.
Marie nous enseigne que la vraie maternité, humaine ou spirituelle, consiste moins à retenir qu’à donner. Elle nous montre que l’amour véritable se mesure à la capacité de laisser partir ce que nous aimons pour qu’il grandisse, de confier au monde ce que nous avons reçu de Dieu. En célébrant Marie, Mère de Dieu, nous sommes invités à devenir à notre tour des instruments de don et de grâce, dans nos vies, dans nos familles, et dans notre monde.


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