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La table qui s’agrandit


Il n’est pas toujours aisé dans une famille d’accueillir un nouveau gendre ou une nouvelle belle-fille. On a parfois du mal à leur faire de la place, et ils ont parfois du mal à trouver la leur.
Mais avec un peu d’attention et d’efforts des deux côtés, ils finissent par devenir pleinement membres de la famille. Sans être des enfants de remplacement, ils participent eux aussi à la constitution et à l’héritage d’une famille.


Ainsi, va-t-il, d’une certaine manière, pour les païens qui ont été agrégés à l’Église. Saint Paul nous le rappelle, nous qui ne sommes pas des fils d’Israël, nous sommes comme des nouveaux venus dans une alliance qui ne nous était pas d’abord destinée. Dans son plan de salut, Dieu a fait entrer les nations dans son dessein de salut à travers le mystère du refus d'une partie d'Israël, sans pour autant abandonner Israël.
Mais le Seigneur est fidèle à son alliance et à sa parole, il n’a rien repris à son peuple élu pour nous le donner, nous avons été greffés sur cette promesse qui nous précède.
Saint Paul prend ailleurs une autre image, très parlante, celle de l’olivier sauvage que l’on greffe sur un olivier franc, pour qu’il puisse porter des fruits. Et oui frères et sœurs, nous sommes cet olivier sauvage.


Cependant, dès l’ancienne alliance il y a comme un pressentiment de cette ouverture du salut, comme l’atteste la vision du prophète Isaïe, où tous les peuples seront invités sur la montagne du Seigneur. Vision pour le moins étonnante, voire même détonnante au sein d’un peuple qui se sait choisi, non en vertu de ses mérites, mais par une pure gratuité divine.
Nous n’avons pas supplanté la place d’Israël, comme un gendre ne peut prendre la place d’un fils. Le gendre n’efface pas le fils ; il élargit la famille. De même, l’Église n’efface pas Israël ; en Jésus-Christ, Dieu ouvre l’alliance faite à Israël à toutes les nations. Nous avons reçu la même promesse que Dieu avait faite à Abraham et sa descendance.


L’Évangile nous en donne un exemple magnifique. Cette Cananéenne n’appartient pas au peuple élu, et Jésus le lui fait remarquer durement : il l’ignore et la traite de « petit chien ». Et pourtant, elle accepte même une comparaison qui pourrait l’humilier. Mais loin de se décourager, elle y découvre une ouverture. Cette Cananéenne, c’est nous. Les miettes qui tombent de la table des fils d’Israël suffisent, parce qu’elle sait que la miséricorde de Dieu déborde toujours.
Comme si la prophétie d’Isaïe se réalisait en elle. Oui, les nations aussi sont invitées au banquet éternel. La table, celle où d’abord siégeaient les fils d’Israël, est devenue la table eucharistique, où tous sont invités.


Alors comme dans n’importe quelle famille, il est parfois difficile d’accueillir de nouveaux gendres ou belles-filles. Cela n’est pas aussi aisé de rajouter une rallonge au déjeuner dominical parce que des nouveaux venus ont été invités. Il peut nous arriver de nous accaparer à notre tour la grâce, l’héritage auquel nous avons été nous aussi rendus participants.
Le Christ nous rappelle la fidélité du père dans ses promesses. Il est le créateur et le rédempteur de tous et il ne veut qu’aucun de ses enfants ne soit perdu. Personne n’aurait plus de légitimité qu’un autre au regard de la grâce. Elle est gratuite et offerte à tous ; la foi, c’est l’accueil de ce don, la réponse de celui qui consent à entrer dans l’alliance.


Le Christ ne nous a pas invités pour que nous gardions jalousement notre place à sa table. Il nous y a invités pour que nous y fassions de la place aux autres. Celui qui a connu l’accueil de Dieu ne peut plus fermer sa porte à son frère. Car la grâce ne se partage pas en la divisant ; elle se multiplie en étant offerte. Le pape le rappelle dans sa dernière encyclique : « La vérité n’est pas un territoire à défendre, mais un bien à partager. »

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