Du fond du cœur
Pardonner est probablement une des choses les plus difficiles dans la vie. D'autant plus lorsqu'on a la personne qui nous a offensé sous les yeux dans le quotidien. À qui n'est-il jamais arrivé, simplement avec le souvenir de l'événement, de sentir comme un poignard invisible se planter dans le cœur ! Et se dire : « Je n'ai pas encore pardonné. » Ou pas encore du fond du cœur.
Et pourtant, ressentir de la douleur n'est pas toujours le signe que le pardon est refusé. La douleur vient aussi de l'injustice subie. Si un jour l'injustice nous est indifférente, c'est grave. N'hésitons pas à nous avouer notre colère contre cette injustice. Lorsque Ben Sirac nous demande de ne pas nous mettre en colère, ce n'est pas de ne pas se mettre en colère du tout ; c'est de ne pas se mettre en colère contre quelqu'un. La colère contre l'injustice, elle, est ô combien légitime.
En revanche, Ben Sirac met l'accent sur le fait de renoncer à la vengeance. C'est la première marche du grand escalier du pardon. Mais là aussi, prenons garde : lorsque l'idée de la vengeance nous vient parce que le souvenir de l'offense ou de la trahison vient, nous pouvons dire oui ou non.
Cette idée en germe nous suggère de rétablir la justice par nous-mêmes. « Tu as subi une injustice : il faut rétablir l'équivalent. Et pour donner une bonne leçon, ajoutes-en un peu. Tu verras : la douleur de ton cœur s'éteindra. » Mais c'est une tentation menteuse. Le cœur ne s'apaisera même pas. Alors nous pouvons nous opposer à cette pensée : devenir victorieux en résistant à la mise en route de notre petit cinéma intérieur mettant en scène différentes manières de nous venger.
Une deuxième marche vient lorsqu'une grosse tuile arrive à l'offenseur, qui pousse à penser : « C'est bien fait ! » Nous avons peut-être renoncé à nous venger nous-mêmes, mais si quelqu'un, ou les circonstances de la vie, pouvait s'en charger, nous serions très content. Y renoncer nous fait passer cette deuxième marche.
Une troisième marche est franchie lorsque nous nous mettons à prier pour la personne, à souhaiter son changement, d'abord pour qu'il évite de recommencer, soit envers nous, soit envers d'autres, ce qui est bien légitime. Mais aussi pour son propre bien : offenser rend malheureux aussi l'offenseur, puisque le péché ne peut pas conduire au bonheur. Cette marche est difficile.
On pourra trouver beaucoup d'autres marches qui nous ferons progresser dans le pardon, et nous rendrons compte qu'il s'enracinera progressivement dans le fond de notre cœur.
Mais à quel moment pourrons-nous dire que nous avons pardonné du fond du cœur ? Tout simplement lorsque nous aurons fait comme Jésus. Que fait-il lorsqu'on l'abandonne, qu'on le juge coupable alors qu'il est innocent, qu'on l'insulte, qu'on crache sur lui ou qu'on le cloue sur la croix ? Il donne sa vie pour ceux-ci ! Voici la dernière marche du grand escalier, qui est réellement vertigineuse. Qui pourrait y arriver ?
Tout seul, avec nos propres forces ? Impossible ! Mais Jésus nous propose son Esprit-Saint, celui qui nous transforme, qui nous transfigure jusqu'à devenir comme lui. Alors nous nous rendrons compte que nous n'avons pas seulement pardonné du fond de notre cœur, mais du fond du cœur de Dieu lui-même.