Chaque année les juifs fêtent la Pâque et Jésus a voulu la célébrer une dernière fois avec ses disciples.
Moïse était allé voir pharaon pour qu’il libère le peuple d’Israël et le laisse aller au désert pour rendre un culte au Seigneur. Comme pharaon ne voulait pas céder, 9 plaies sont envoyées sur l’Égypte afin de briser la résistance du tyran. Puis vient une dixième plaie qui permettra le départ du peuple. Tous les premiers nés de l’Égypte vont mourir dans la nuit. Afin que les hébreux ne subissent pas le châtiment en même temps que les égyptiens, Dieu leur demande de sacrifier un agneau par famille et de répandre son sang sur le linteau des portes afin d’être protégés de la mort certaine.
Le mot qui est utilisé en hébreu pour dire cette protection c’est Peshar, Pâques. C’est le même mot que le prophète Isaïe utilise pour décrire des oisillons qui sont attaqués par un serpent et que leur mère vient protéger en les couvrant de ses ailes.
Le soir de Pâques, Dieu vient protéger son peuple du mal en le couvrant de ses ailes. « Comme les oiseaux déploient leurs ailes, le Seigneur, le tout puissant, protégera Jérusalem. Il protégera et délivrera, il épargnera et sauvera. » (Is 31, 5)
Et c’est aussi ce que fait Jésus pendant ce dernier repas de Pâques avec ses disciples. Il se lève de table et se met à laver les pieds de ses disciples. Il verse de l’eau et avec un linge il les couvre comme l’oiseau couvre sa couvée. Dieu lui-même se penche sur la misère des hommes, sur la poussière accumulée sur leurs pieds. Jésus lave l’impureté ramassée sur les chemins du monde pour protéger ses disciples de tout mal et de tout péché. Ce n’est plus le sang d’un agneau sur le linteau d’une porte qui assure la protection, mais Dieu lui-même qui se met à notre service.
Pierre se révolte. Comment Dieu peut-il s’abaisser jusqu’à moi ? C’était plus facile de mettre le sang sur la porte de la maison. Ce qui est demandé à Pierre, ce n’est plus un simple rite qui assure une protection extérieure. Il doit accepter la présence d’un Dieu qui s’engage à son service et a la prétention de le toucher jusque dans son intimité. Ce Dieu fait homme exige qu’il accepte d’être purifié par lui, d’être touché là où il se sent le plus sale. C’est le seul moyen d’entrer dans son Royaume et d’avoir part avec lui, c’est le seul moyen de le protéger contre ce péché qui lui colle à la peau.
C’est cela que Pierre a fini par accepter sur l’insistance de Jésus : pas seulement qu’il lui chatouille les pied. Il a dû accepter que la protection divine ne reste pas à l’extérieur mais vienne toucher son cœur. Dieu nous protège désormais en mettant en nous tout son amour et cet amour demande à être accepté librement.
Que c’est difficile d’accepter que Jésus ait la prétention de venir nous servir, de venir habiter en nous ! Que c’est difficile d’accepter d’être purifié de l’intérieur ! Or c’est le seul chemin pour être sauvé et entrer dans son Royaume.
Pendant ce repas de la nouvelle Pâques, Jésus pose un second signe qui vient renouveler la fête. C’est le signe du don de son corps et de son sang. Nous connaissons par cœur les paroles qu’il a prononcées ce soir là puisque le prêtre les répète tous les jours à la messe. Jésus prend le pain, puis le vin et en fait le signe de son corps et de son sang.
Non seulement Jésus veut nous protéger du mal et du péché en nous lavant les pieds, mais il veut aussi nous donner son corps et son sang, c’est-à-dire se donner lui-même en nourriture.
Dans l’antiquité on pensait que le pélican se perçait le cœur pour sauver sa progéniture de la faim. Le pélican est ainsi devenu le symbole du Christ. C’est pour nous protéger que le Christ nous donne son corps en nourriture et son sang en boisson. Il nous donne les forces dont nous avons besoin pour passer de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu.
Comme un oiseau protecteur, avec Moïse, Dieu a protégé les hébreux de l’esclavage de Pharaon et leur a donné la force d’aller vers la terre promise. Dans la Pâque nouvelle du Christ nous est offert une protection intérieure qui nous libère du péché. Il nous couvre ses ailes en se mettant à notre service et en nous donnant son Corps et son Sang.