Par pure grâce
Un pasteur protestant mourut et arriva devant la porte du Ciel. Les défunts avançaient un à un vers Jésus, qui les orientait soit vers la porte du Paradis, soit vers celle de l’enfer. Le pasteur observait, inquiet, le jugement du Christ ressuscité.
Il reconnut un homme politique corrompu et adultère. Celui-ci baissa humblement la tête et Jésus lui indiqua la porte du Paradis. Le pasteur en fut rassuré.
Une femme volage, qui avait connu beaucoup d’hommes, se présenta ensuite. Elle baissa elle aussi la tête, signe de conversion. Jésus lui ouvrit la porte du Paradis.
Arriva enfin le pasteur, sûr de sa vocation et de ses œuvres. Jésus lui demanda :
— Qu’as-tu fait pour Dieu pendant ta vie ?
Le pasteur expliqua qu’il avait abandonné sa carrière d’ingénieur pour devenir pasteur.
— Et après ?
Il parla de ses études, de ses missions en Afrique auprès des pauvres.
— Et après ?
Il évoqua sa paroisse difficile, la catéchèse, la participation des fidèles.
— Et après ?
Il mentionna la construction d’un nouveau temple, puis le dialogue œcuménique.
— Et après ?
Il parla enfin de son service auprès des malades et des personnes détenues.
_ Et après ?
Agacé, il s’exclama :
— Mais enfin, Seigneur, est-ce que cela ne suffit pas ? Que faut-il faire pour gagner son Ciel ? On dirait qu’on ne peut entrer au Paradis que par pure grâce!
— C’est exact, répondit Jésus. La porte du Paradis ne s’ouvre que par pure grâce.
Cette histoire illustre l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 20,1-16).
La miséricorde de Jésus se joue de nos calculs et de notre sens étroit de la justice.
Personne n’a droit au Ciel.
Personne ne gagne son Ciel.
Dieu donne, et Il se donne, par pure grâce, parce qu’Il est bon.
Sur la croix, Jésus n’a canonisé qu’un seul homme : le bon larron, condamné pour meurtre.
Ce bandit sanctifié par Jésus n’avait qu’une prière :
— Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume.
Et Jésus lui a répondu :
— Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis.
Tous les saints entrent au Paradis derrière le bon larron. Il ouvre la voie de la confiance, de la libération et du bonheur.
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus l’avait compris. Elle ne comptait ni sur ses mérites ni sur ses bonnes actions.
« Tout est grâce », disait-elle.
Elle écrivait encore :
Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux me revêtir de votre propre justice et recevoir de votre amour la possession éternelle de vous-même.
Frères et sœurs, avançons vers Jésus au moment de célébrer sa mort et sa résurrection. Présentons-lui humblement nos besoins, nos pauvretés, nos péchés.
Entrons dans cette Eucharistie sûrs de l’amour de Dieu.
À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire dans l’Église et dans le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen. (Ep 3, 20-21)