Le modèle du Vrai et Bon Berger
“Que devons-nous faire ?” Cette question ne se pose pas à la légère. Elle surgit quand quelque chose en nous vacille… quand ce qui paraissait évident ne l’est plus. “Que dois-je faire ?”
C’est la question que pose la foule à Jérusalem, dans les Actes des Apôtres,
après avoir entendu Pierre. En quelques mots, tout bascule : ce Jésus qu’ils ont rejeté, que certains ont voulu voir disparaître… Dieu l’a fait Seigneur et Christ. Alors ils ne discutent plus. Ils ne se justifient pas. Ils demandent : “Que devons-nous faire ?”
Et Pierre leur répond : « Convertissez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit. » La réponse de Pierre ne sera pas une méthode, mais une orientation : suivre le Christ. Le Christ ne dit pas seulement quoi faire, il est le berger qui montre le chemin… et qui devient lui-même le modèle à suivre.
Suivre le Christ, ce n’est pas copier extérieurement, c’est entrer dans sa manière d’aimer, de servir, de donner sa vie. Il n’indique pas seulement la route, il est lui-même le passage, la porte. Il ne sauve pas de loin, il traverse la souffrance. Il ne contraint pas, il appelle ses brebis et elles reconnaissent sa voix.
Ce berger, modèle de notre conversion, le psaume nous en donne les caractéristiques : il nourrit, il guide, il protège, il relève, il conduit jusqu’à la maison…
Frères et sœurs, les textes de ce dimanche nous font beaucoup entendre la voix de S. Pierre. La première lecture est un discours du chef des Apôtres devant une assemblée à Jérusalem, et la seconde est un extrait de sa première épître. Celui qui avait eu peur devient témoin. Celui qui a renié devient pasteur. C’est à ce même Pierre que Jésus dit en Jn 21 : « Sois le berger de mes brebis ». Ce n’est pas une promotion qu’il reçoit, mais une mission confiée après sa propre chute. Pierre doit devenir le berger des brebis de son Seigneur, en imitant le Christ Bon et Vrai Pasteur. Il apprend à son école à aimer comme il aime, à donner sa vie et à prendre soin du troupeau qui lui est confié.
Nous sommes membres de ce troupeau bénis quand nous écoutons la voix de son berger, quand nous la reconnaissons. Nous avons besoin d’être guidés… surtout quand nous traversons des ravins de la mort. Et nous apprenons à vivre comme le Christ, à modeler notre vie sur la sienne. Et à l’image de S. Pierre, nous sommes appelés à devenir des bergers les uns pour les autres. Plus nous agissons à l’image du Bon et Vrai Pasteur, plus nous devenons également des bergers dans les communautés qui sont les nôtres. Être berger, ce n’est pas seulement une mission officielle. C’est un parent qui veille sur son enfant. Un ami qui soutient. Quelqu’un qui relève au lieu de juger. Le Christ modèle ne reste pas au passé. Il prend chair dans la vie de ceux qui le suivent. Pierre est un des premiers exemples… mais certainement pas le dernier. Le vrai berger n’est pas celui qui domine, mais celui qui a été relevé et envoyé. Bien sûr que la mission de Pierre/berger désigne son ministère apostolique, et nous y trouvons l’origine de la papauté. Cela n’exclut pas d’y lire aussi la mission de tous les baptisés. Car la première réalisation de cette mission apostolique de Pierre est de toujours donner à voir le modèle parfait de notre foi et de notre agir : le Christ Sauveur, le premier des apôtres n’est que son vicaire. Ainsi en va-t-il pour nous, à notre mesure, dans la mission et l’état de vie qui est le nôtre : donner à voir le modèle qui vit en nous.
Le Christ marche devant nous comme berger. Pierre marche derrière lui et devient berger à son tour. Et nous, aujourd’hui, nous sommes quelque part entre les deux : appelés à suivre… et déjà envoyés pour prendre soin.