« Le couple a besoin d’être sauvé », aimait à déclarer le père Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame.
Dans la lumière de la Nativité du Seigneur Jésus, nous célébrons la Sainte Famille de Nazareth, modèle de foi et d’amour. La famille a besoin d’être sauvée par Jésus né à Bethléem dans un contexte de violence et de pauvreté.
Le couple, la famille, l’homme et la femme connaissent à présent une crise d’identité. Cette crise se trouve accentuée dans une philosophie de l’autocréation où chacun se construit lui-même selon ses goûts. Rien ne saurait être reçu comme un don ; tout est fabriqué de manière personnelle. A chacun de décider de sa sexualité et du sens à donner à l’existence. Pensons à la confusion mentale que subissent les adolescents dans ce domaine. Point de transcendance ni de vie surnaturelle, encore moins de grâce ou de salut. L’homme décide seul dans un monde de solitude qui aboutit à la mort, la grande et définitive solitude. En revanche, la révélation biblique dévoile que la vie humaine relève d’un don de Dieu. La sexualité aussi est un don et un don définitif selon la doctrine de saint Thomas d’Aquin pour qui la résurrection de la chair à la fin des temps apportera la plénitude de la vie à l’humanité où chacun se réjouira de retrouver sa condition sexuelle élevée à son sommet dans la résurrection.
Qu’est-ce qu’un homme ? Quel est l’idéal masculin ? Musculation, tatouage, argent, les voitures de luxe, des fêtes sans lendemain, la fuite de toute responsabilité ? La liturgie de la Parole nous présente saint Joseph, l’époux de Marie, le père adoptif de Jésus. Pouvons-nous parler d’une grande figure masculine ? Il me semble que oui. Saint Joseph était un homme fort qui a affronté des épreuves avec foi en Dieu et détermination. Homme capable d’aimer son épouse Marie avec tendresse et fidélité. Nombreux sont les couples qui peuvent envier la qualité de communication et d’amour vécus par Joseph et Marie, libérée de soupçons, de tromperies et d’agressivité. Ils se sont appuyés l’un sur l’autre en partageant leurs missions respectives, leurs joies et leurs difficultés. En priant ensemble, dans la même foi en le Seigneur révélé à Israël, ils se sont confiés l’un à l’autre leur vie spirituelle dans le désir d’accomplir la volonté de Dieu pour eux. Marie a conduit Joseph à Dieu ; Joseph a tourné Marie vers le Seigneur. Pour les époux croyants, le défi n’est pas de séduire l’autre mais de le conduire à Dieu, en écartant les tentations de possession et de manipulation.
Joseph, homme de silence et d’action, les évangiles n’en rapportent pas un seul mot de lui, a adopté librement et dans l’espérance la mission que Dieu lui confiait. Il a veillé sur Jésus, le protégeant des menaces de mort. Pour cela, il a connu la fuite en Égypte en faisant l’expérience des émigrés. Sous son regard et par ses enseignements, Jésus a grandi en âge, en sagesse et en grâce. Joseph a fait de Jésus un homme autonome du point de vue professionnel, charpentier-maçon-ferronnier, un adulte aimant la Loi de Moïse et les fêtes liturgiques comme la Pâque juive.
Saint Thomas d’Aquin enseigne que le prêtre déploie une paternité spirituelle tandis que les parents accomplissent une maternité et une paternité, génétiques, psychologiques et spirituelles. Il est préférable de parler de la transmission de la vie plutôt que de donner la vie. Seul Dieu donne la Vie. En synergie avec le Créateur et par sa grâce, les parents agissent en co-créateurs avec Dieu en s’aimant d’un amour fécond. La famille brille comme le sanctuaire de la vie. C’est au cœur de la famille, «église domestique », que la vie humaine est conçue, développée et sanctifiée.
L’expression « faire l’amour » s’avère inadaptée au mystère conjugal. On fait des biscuits, mais les époux célèbrent l’amour en s’unissant dans un don sacré réciproque, sanctifié par le Saint-Esprit, véritable liturgie, acte d’adoration, source de grâce, aux antipodes de la soif de domination ou des rêves de performance.
Dans les évangiles de l’enfance, Jésus manifeste liberté et intelligence. Il a été bien élevé par ses parents. Saint Luc nous montre Jésus en train de dialoguer avec les docteurs de la Loi. Le mot dialogue, « dia-logos », veut dire « se laisser traverser par la parole-vérité de l’autre ». Jésus est bien le Verbe, le Logos, fait chair. A la maison, il a appris à écouter et à s’exprimer, à chercher à comprendre et à s’expliquer.
Au Temple de Jérusalem, à l’âge de 12 ans, Jésus a dialogué avec les docteurs de la Loi, pour grandir en sagesse. Il a cherché avant tout le Royaume de Dieu et sa justice pour recevoir la sagesse de surcroît. « Ne saviez-vous pas que je dois m’occuper des affaires de mon Père », déclare-t-il à sa mère Marie qui lui avait fait part de son angoisse ne le trouvant pas dans la caravane de retour de Jérusalem en Galilée. Jésus reçoit tout de Dieu son Père. Dans l’évangile selon saint Luc, Jésus prend la parole pour la première fois au temple de Jérusalem pour manifester la relation unique qui l’unit à Dieu son Père.
Joseph, homme juste, aimant la Loi de Moïse, et Marie, femme juive, ont conduit Jésus au temple de Jérusalem. Jésus va conduire ses parents à Dieu le Père.
L’homme et la femme se rapprochent l’un de l’autre en élevant leurs cœurs vers Dieu. A l’image d’un triangle équilatéral qui aurait aux extrémités de la base un homme et une femme et au sommet Dieu ; plus les conjoints montent vers Dieu et plus ils se rapprochent ; plus ils s’éloignent de Dieu et plus l’écart grandit entre eux. Il n’y a qu’un amour, disait saint Augustin : « l’amour de Dieu, répandu dans nos cœurs, qui donne de nous aimer les uns les autres ». Dans la vie chrétienne, le profane et le sacré ne font qu’un, le laboratoire et l’oratoire représentent des lieux de rencontre avec Dieu ; l’amour humain unit à Dieu et l’amour de Dieu réunit les personnes.
L’évangile d’aujourd’hui nous introduit dans les échanges de la Sainte Famille, riches d’enseignements pour nous. Ils aiment le dialogue. Le saint Pape Paul VI écrira que « l’Église se fait dialogue, l’Église se fait conversation ». Dialogue exigeant, véritable travail, art précieux, qui fait grandir la connaissance et l’amitié.
Il est à remarquer que Marie met en valeur Joseph aux yeux de Jésus, en disant « ton père et moi, nous te cherchions angoissés ». Marie cite en premier Joseph en mettant en lumière l’autorité paternelle.
Dans l’économie actuelle, le travail qui demande de la force physique a beaucoup diminué alors que les métiers de l’informatique et de la communication se sont développés. C’est ainsi que beaucoup d’hommes qui trouvaient leur identité masculine dans le travail agricole ou industriel se trouvent en difficulté alors que les femmes s’y adaptent souvent avec facilité. De nouveaux équilibres entre l’homme et la femme sont à trouver à tout point de vue.
Il y a quelques années, en 1994, ici à La Réunion, lors de l’Année internationale de la Famille décidée par l’ONU, une agence de communication avait proposé le slogan : « La famille, on n’a rien trouvé de mieux ». Cette phrase apparemment anodine avait poussé des couples en concubinage à se marier. Par ailleurs, il convient de rappeler que la France avait voté à l’ONU contre ce projet d’Année internationale de la Famille. Quand la famille, cellule de base de la société, est attaquée c’est toute la société qui en pâtit les conséquences.
Aussi cette fête de la Sainte Famille arrive à point nommé pour éveiller nos consciences, éclairer notre intelligence, transformer notre société en la rendant meilleure et sauver nos âmes. Oui, la famille a besoin d’être sauvée par Jésus.