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Couronnement marial

On se plaît à se représenter cette scène, reprise sous de multiples formes dans l’iconographie traditionnelle : la Sainte Trinité couronnant la Vierge dans la gloire.

La Vierge reçoit aujourd’hui la pleine manifestation de la grâce qui l’habitait déjà durant sa vie terrestre. Elle est élevée en son âme et en son corps ; la grâce atteint en elle son plein épanouissement dans la gloire.
La Vierge est élevée auprès de son Fils, et, pour manifester cette entrée triomphale, cette image du couronnement est particulièrement parlante : une grande célébration mettant à l’honneur une personne en particulier.

Car l’expression de « couronnement » renvoie aussi à l’idée d’une apogée. Lorsqu’un projet est couronné de succès, cela signifie qu’il a atteint sa finalité, son but, l’idée première que l’on s’en faisait et qui est enfin réalisée. Ainsi en est-il de la Vierge en ce jour. Elle a atteint l’apogée de son existence : la finalité de toute sa vocation. Tout ce que Dieu avait préparé pour elle trouve aujourd’hui son plein accomplissement. Cet instant est l’aboutissement visible d’une fidélité vécue tout au long de son existence. La Vierge entre dans la gloire pour ne plus jamais connaître ni tristesse, ni souffrance, ni langueur, ni attente, ni mal.

Frères et sœurs, la joie de l’accomplissement de la Vierge est aussi la nôtre. Nous partageons cette vocation commune à la gloire. Certes, la Vierge l’a vécue selon sa vocation propre, qui fut celle d’être la Mère du Sauveur. Elle n’en reste pas moins femme, un être humain, et nous le sommes tout comme elle. Nous sommes appelés, nous aussi, à recevoir un couronnement, celui promis à tous les saints : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie » (Ap 2,10). En contemplant Marie aujourd’hui, l’Église contemple déjà ce qu’elle-même est appelée à devenir.

Notre vie ici-bas ressemble à celle d’un nomade, errant parfois sans feu ni lieu. Qui parmi nous ne connaît pas cette fatigue de toujours chercher un lieu où son cœur puisse enfin se reposer ? Notre vie change ; elle est troublée, ballottée, sans cesse en chemin. Nous sommes tendus vers un accomplissement parfait, une paix définitive, une stabilité, conséquence de la plénitude, lorsque nous aurons enfin obtenu ce que notre cœur désire tant. Dans la gloire, nous ne serons plus des nomades ; nous serons enfin les héritiers, couronnés, jouissant pleinement des richesses du Royaume.

Il est vrai que l’Écriture ne parle pas très explicitement de ce couronnement, ni même de l’Assomption de la Vierge Marie. Mais l’Église lit le mystère de l’Assomption à la lumière de toute la Révélation. Elle contemple dans l’Écriture les germes de ce mystère plutôt qu’un récit historique détaillé.

L’Écriture ne cherche pas à satisfaire notre curiosité. Elle nous donne ce qu’il faut pour nourrir notre espérance. L’Écriture ne décrit pas ces instants, pas plus qu’elle ne décrit avec précision la gloire éternelle. Des images nous sont données dans le livre de l’Apocalypse ; elles parlent, mais elles ne décrivent pas avec exactitude. Elles nous en disent assez pour susciter notre foi. Nous ne savons pas, mais nous croyons que nous sommes appelés à cette plénitude, à cette absence de troubles, à ce repos éternel et glorieux.

Et le simple fait de méditer, voire d’essayer d’imaginer, de nous projeter dans cet état dont nous ne connaissons encore rien, procure déjà du repos à notre âme. Car, même si nous traversons des épreuves, notre cœur, comme celui de la Vierge au pied de la Croix, pressent que tout cela s’achèvera dans la gloire, que nos ténèbres seront dissipées par la lumière du Ressuscité.

Nous aussi, nous espérons qu’un jour béni nous prendrons place dans cette gloire que nous avons tenté d’imaginer. Le Christ Sauveur, qui nous a rachetés par son sang, déposera alors sur notre tête la couronne qu’il a promise à ceux qui lui demeurent fidèles : non pas la couronne royale de la Reine des cieux, mais celle de ses enfants bien-aimés.

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