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L’ivraie ressemble terriblement au blé. C’est à s’y méprendre. Impossible de faire la différence. Mais il y a une grande différence entre les deux plantes. L’ivraie, contrairement au blé ne donne pas de fruit et quand il se mélange à la farine, il empêche le levain de faire lever la pâte. Donc nous seulement il est stérile, mais il stérilise l’ensemble. Les serviteurs de la parabole sont préoccupés et on comprend pourquoi. C’est grave ! Ils veulent donc absolument faire quelque chose pour démasquer l’ivraie hypocrite et l’éradiquer au plus vite.

Il y a peu de différence à l’extérieur entre celui qui paraît être un bon chrétien et celui qui l’est vraiment, entre celui qui vit selon des normes et celui qui est imprégné d’une foi vive. Il y a peu de différence à l’extérieur entre celui qui récite ses prières et celui qui entre en une relation de profonde amitié avec le Christ. Il y a apparemment peu de différence entre une personne qui a des valeurs et celle qui vit de la dignité des enfants de Dieu. Il y a apparemment peu de différence entre une personne gentille et celle qui aime son prochain comme soi-même. Ces différences peuvent sembler anecdotique mais elles changent tout. C’est la différence entre ceux qui portent du fruit et ceux qui n’en portent pas. Etre chrétien n’est pas une attitude extérieure, c’est une vie qui porte un fruit qui le dépasse.

Le mot grec pour dire l’ivraie est celui-là même qui a donné en français le mot zizanie. La zizanie ne porte pas de fruit et elle stérilise l’action de l’Eglise.

Nous sommes zizanie lorsque nous ne sommes pas semés par le maître, mais par l’ennemi ; quand c’est lui qui nous conduit. Nous sommes aussi zizanie lorsque nous raisonnons comme les serviteurs qui pourtant veulent sincèrement le bien en enlevant l’ivraie au milieu du champ. Mais ils veulent le faire en jugeant de ce qui porte du fruit et de ce qui n’en porte pas. Ils se croient capable de faire la différence et de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Vieille tentation des origines de connaître le bien et le mal contre laquelle la parabole d’aujourd’hui nous met à nouveau en garde. Ce n’est pas à toi de décider ce qui est bien et mal, ce qui porte du fruit ou non. Seul Dieu est maître et juge. Ne prend pas le risque par tes jugements d’arracher ce qui est bien et de faire le jeu de la zizanie en la semant à ton tour.

C’est vrai qu’il y en a qui ne portent pas de fruit et qui risquent de stériliser les autres, mais cela sera révélé à la moisson et pas avant. Ce n’est pas à nous de juger ce qui porte du fruit et ce qui n’en porte pas. Ce n’est même pas à nous de juger si nous portons nous-même du fruit. Saint Pierre Chanel a passé 4 ans à son arrivée à Walis et Futuna sans aucun fruit missionnaire. Ce n’est qu’à sa mort que les habitants de l’ile se sont convertis. Il a porté du fruit et heureusement qu’il n’a pas juger son action selon ce qu’il voyait. C’est Dieu qui donne du fruit et il est capable d’en donner contre toute attente. Il est capable de donner une descendance à Abraham et Sara dans leur vieillesse alors qu’ils étaient stériles dans leur jeunesse.

Le Royaume de Dieu est aussi comme la graine de moutarde, il ne ressemble à rien, il est minuscule, il est insignifiant, mais il porte en lui l’espérance d’un avenir grandiose. La plus petite graine donne un arbre immense et qui, contre toute attente, porte du fruit en surabondance, devenant même un lieu de refuge pour tous ceux qui s’en approchent.

Nous ne sommes pas capables de dire ce qui porte du fruit et ce qui n’en porte pas. Nous ne pouvons pas nous fier aux apparences parce que le Royaume de Dieu n’est pas une apparence mais une réalité cachée que seul Dieu peut donner et que seul Dieu peut révéler.

En fait, contrairement à ce que pensent les serviteurs de la parabole, le Royaume de Dieu ne nous appartient pas. C’est l’affaire du maître que les fils du Royaume portent du fruit.

Qui sont les serviteurs du maître ? Jésus ne le dit pas dans son explication de la parabole. Et peut-être qu’on ne peut pas le savoir ou qu’en tout cas, ce n’est pas à nous de dire qui est serviteur de Dieu et qui ne l’est pas, que ce n’est pas à nous de juger qui est fils du Royaume et qui est fils du mauvais. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » dit Jésus à ses disciples. Seul Dieu juge parce que seul Dieu est le maître de la moisson qui donne de porter du fruit et qui sait ce qui en porte.

Je ne peux pas même me juger moi-même. Suis-je un bon serviteur de Dieu ? « Efforce toi d’entrer par la porte étroite. » répond Jésus. Est-ce que je porte du fruit ? Dieu prend soin de toi et te donne le temps de grandir dans son Royaume pour que tu en portes. Il ne prendra pas le risque d’arracher ce qui en toi pourrait porter du fruit. C’est le Christ le seul juge de nos cœurs. Lui seul dira à la fin des temps qui est digne d’entrer dans la joie de Dieu.

Les serviteurs voudraient avoir raison, être les bons serviteurs qui trient leurs frères et disent ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Mais Jésus les remet à leur juste place de serviteurs inutiles. Nous ne sommes pas le maître qui est le seul responsable de la moisson et du fruit qu’elle porte. Et en même temps, nous ne sommes pas que des serviteurs, mais des amis, c’est-à-dire appelés à entrer dans cette relation privilégiée avec celui qui nous donne de porter du fruit, d’en porter en abondance et de porter un fruit qui demeure. Et elle est probablement là la manière de porter vraiment du fruit : non pas de juger comme le fait la zizanie, mais bien d’entrer en communion avec Dieu qui nous donne de porter un fruit d’amour, un fruit qui semble si petit et qui pourtant déploie son ombrage sur le monde entier.

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