Il prit, il prononça la bénédiction, il rompit, il donna. Ces quatre verbes sont les actions de Jésus pendant cette multiplication des pains. Verbes que l'évangéliste reprend de la Cène, le dernier repas de Jésus, ainsi que de la messe, la sainte eucharistie, puisqu'il en vivait chaque dimanche.
Profitons donc de cette multiplication pour approfondir notre participation à la messe. D'abord en prenant conscience que ce geste, assez curieux il faut l'avouer, est une invention de Jésus, et que la principale motivation pour y participer est son invitation. Lui connait tellement mieux que nous de quoi nous avons besoin.
Il prit
Que prit-il ? Cinq pains et deux poissons. De son sac ? Non, son sac est vide. Il n'a rien à lui. Il a fallu qu'on les lui donne, bien que ce ne soit pas grand chose. Ce n'est ni la quantité de ce que nous donnons, ni même sa qualité, qui compte, mais notre disponibilité. Dieu fait alors des merveilles du peu que nous avons donné.
Pendant la messe, ce "il prit" correspond à la préparation de l'autel et la procession des offrandes. J'aime ce geste, malheureusement très rare, de faire porter les offrandes depuis la nef : on manifeste alors que le travail humain qui a permis la confection du pain et du vin représente notre travail, avec ses joies et ses peines.
Il prononça la bénédiction
Bénédiction : dire du bien. Avec Jésus, c'est toujours en rapport au Père : c'est d'abord de lui qu'il dit du bien, car il est le Bien, en le remerciant de cette bonté, en lui rendant grâce. C'est aussi en rapport au pain et au vin, qui proviennent de la bonté de la création avant d'être le produit de notre travail. C'est aussi en rapport à ceux qui sont nourris.
Pendant la messe, c'est la grande prière eucharistique, action de grâce de Jésus à son Père. Elle commence avec ce beau dialogue qui nous permet d'élever notre coeur et de le tourner vers le Seigneur (et non pas après le sanctus comme on entend souvent), d'inviter les anges et les saints à notre joie, d'associer les vivants et les défunts, de prier pour l'unité de l'Eglise, et de finir dans ce grand sommet du chant en l'honneur de la gloire du Père par Jésus, avec Jésus et en Jésus. L'Amen qui le conclue remplit non seulement la cathédrale, mais l'univers entier.
Il rompit
Ce geste a dû prendre du temps lors de la multiplication : pour tant de monde, chacun n'a pas eu seulement un morceau, mais de quoi être rassasié.
Pendant la messe, il passe souvent presque inaperçu, alors qu'il a donné dans le nouveau Testament le nom à la messe elle-même : La faction du pain. Il est vrai qu'il est parfois coincé entre le geste de paix et un Agneau de Dieu qui est sensé l'accompagner mais qui commence souvent alors que la fraction est terminée. Pourtant, nous recentrer sur l'autel à ce moment est capital : la paix que nous venons de nous donner n'est pas une salutation, mais la transmission de la paix qui vient de l'autel, la paix qu'est Jésus.
Il donna
Geste de manger ce qui est reçu, geste de communion : c'est si simple, et si beau.
Un verbe supplémentaire ?
Avez-vous remarqué qu'il manque à la multiplication une action que Jésus ajoute de la dernière Cène ? Il donna en disant ! Et que dit-il ? "Prenez, ceci est mon corps livré, ceci est mon sang versé !" Pendant la multiplication, c'est prématuré ; son heure n'est pas encore venue. A la Cène, il est temps.
Ceci a une conséquence sur tous les gestes de la messe : ce qu'il prend va porter l'offrande de Jésus lui-même ; ce qu'il bénit devient consacré ; ce qu'il rompt est son corps livré ; ce qu'il donne permet à ceux qui le reçoivent de devenir un seul corps.
Un action supplémentaire ?
Mais pendant la multiplication, il y a une particularité : Jésus donne aux disciples pour qu'ils les donnent aux foules. Nous sommes donc chargés de transmettre ce que nous avons reçu : la présence de Jésus. Présence de Jésus à ceux qui ne connaissent pas encore Jésus, ou qui ne le reconnaissent pas. Présence de Jésus dans notre entourage, dans notre travail ou nos études, auprès de ceux qui souffrent.
C'est le sens de la dernière bénédiction de la messe, qui nous envoie avec cette mission essentielle... si nous n'avons pas quitté l'église avant.