Homélie pour le week-end de district des guides et scouts d'Europe
Grand matin, avant que le soleil n’ait même encore l’idée de se lever, sa chemise déjà boutonnée et son foulard bien roulé autour du cou, Georges attrape son ceinturon et le boucle les yeux encore à moitié remplis de sommeil mais déjà pleins de l’aventure qui l’attend.
On dirait la première page d’un roman d’aventure alors qu’en fait il ne s’agit pour nous que d’un matin normal et tout à fait ordinaire. « Boucler son ceinturon, c’est accepter librement une discipline, c’est être prêt à partir. » Vous vérifierez, c’est ce qui est marqué au dos de votre ceinturon que vous avez tous fermé machinalement ce matin.
« Accepter librement une discipline. » C’est pas spécialement la première chose à laquelle on pense quand veut partir à l’aventure. Mais ça nous rappelle pourtant que l’aventure c’est d’abord une victoire sur nous-même. Imaginez-vous que le héros de notre roman s’arrête après deux kilomètres parce qu’il a mal aux pieds. Imaginez-vous que notre Georges renonce à son aventure parce qu’il a finalement décidé de s’arrêter dormir à l’auberge et qu’il s’y prélasse toute la semaine ! Il n’y aurait pas d’aventure, pas d’histoire à raconter.
Imaginez-vous un scout scroller toute l’après-midi sur son téléphone ! Pas d’aventure non plus ! Pas d’aventure sans le désir de vivre quelque chose de plus et sans la discipline, c’est-à-dire la volonté de s’en donner les moyens.
Sun Tzu, le général chinois qui a écrit « L’art de la guerre » disait que « celui qui n’a pas d’objectif ne risque pas de les atteindre. » Celui qui n’a pas en lui le grand désir de vivre une aventure et qui se lance dans sa journée sans un objectif clair, sans vraiment se demander ce qu’il veut vivre ne vivra jamais rien qui vaille la peine d’être un jour raconté. Contrairement à ce qu’on pense ce ne sont pas les aventures qui viennent à nous et nous tombent dessus. C’est nous qui allons au-devant des aventures en acceptant de les vivre. Notre journée, notre vie, a le goût que nous lui donnons en bouclant notre ceinturon le matin.
Boucler notre ceinturon le matin c’est accepter l’aventure. Si on ne l’accepte pas d’avance on n’acceptera jamais l’effort nécessaire pour la vivre. On ne va nulle part sans objectif, et on ne va nulle part sans acquérir la force nécessaire. Cette force, on appelle ça la vertu.
La vertu nous permet de mettre en œuvre nos désirs. C’est cette capacité à dire non au mode de vie mou que nous propose le monde et de vivre l’aventure que nous propose le Christ dans l’Évangile.
Si je me laisse aller à l’agacement que suscite en moi mon frère, comment vais-je pouvoir lui manifester l’amour de Dieu ? Si je me laisse aller à la paresse, comment vais-je faire ma B.A. ? Si je me laisse influencer par mes camarades et par l’esprit du monde quel genre d’homme vais-je devenir ?
Devenir ce qu’on veut devenir demande un combat contre notre propre nature. Il faut enlever en nous ce qui nous empêche de vivre nos grands désirs. La vertu, elle s’obtient en bouclant son ceinturon le matin, en décidant de changer sur tel ou tel aspect de ma vie, puis en prenant son courage à deux mains en travaillant d’arrache pieds à éradiquer le mal en y mettant le bien.
Ceux qui ont fait un raid le savent, pour avancer, il faut une multitude de petits pas. Pour grandir dans la vertu c’est pareil. Si mon aventure c’est la franchise, je vais avancer en faisant l’effort d’aller dire la vérité sur l’heure à laquelle je me suis couché hier et je vais essayer de ne rater aucune des occasions qui me sont données d’être vrai avec les autres. Si mon aventure c’est le dévouement, je vais chaque jour faire l’effort de faire au moins une chose pour venir en aide à mon prochain. Si mon aventure c’est la pureté, je détournerai mes pensées de tout ce qui est sale et je chercherai en chaque chose et en chaque personne la beauté que Dieu y a déposé. Si mon aventure c’est de sourire et chanter dans les difficultés, chaque difficulté qui me fait bouder va devenir l’occasion pour moi de faire un effort sur moi-même pour sourire et de chanter.
L’aventure du chrétien et du scout, vous l’avez compris, c’est une aventure intérieure. Elle demande de nous connaître nous-même et d’accepter d’être transformés par l’Évangile. C’est la plus belle des aventures parce qu’elle nous façonne en profondeur.
Mais il ne s’agit pas que de notre effort à nous. Se serait une erreur que de le penser. Quand sainte Jeanne d’Arc est partie de Domrémy, elle n’était qu’une petite fille et il a fallu qu’elle apprenne à vivre au milieu des soldats. Elle a bouclé son ceinturon et a fait une multitude d’effort pour devenir chef de guerre. Mais elle comptait plus que sur ses efforts pour la soutenir : c’est la grâce qui était son aventure. Lors de son procès elle répond à l’un de ses accusateurs : « Les gens de guerre combattent et Dieu donne la victoire. »
Sur ton ceinturon, il y a la croix des béatitudes. Elle est à la fois le chemin que tu vas parcourir, la façon dont tu vas le parcourir, le but que tu recherches et le rappel que tu n’es pas seul pour vivre cette aventure. Dieu s’engage avec toi à chaque fois que tu boucles ton ceinturon et te promet de te donner son Esprit-Saint.
Tu l’as compris, il n’y a pas d’aventure humaine qui ne soit une aventure intérieure qui t’oblige à te transformer dans la vertu. Mais l’inverse est vrai aussi, si tu ne te transforme pas à l’intérieur il n’y a pas d’aventure vraiment. Mais aussi, il n’y a pas de vrai aventure qui ne soit pas une aventure dans l’Esprit Saint.