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Ce qui a d’abord poussé concrètement l’Église naissante à évangéliser les païens – il faut le dire – c’est les persécutions. Dans le passage des Actes des Apôtres qu’on a lu, on voit Philippe s’en aller en Samarie non pas après un plan d’évangélisation murement réfléchi, mais pour éviter d’être mis en prison et de mourir.

À la place de Philippe beaucoup se seraient découragés. Il y avait de quoi. C’est décourageant de quitter son pays parce qu’on est mis dehors, parce qu’on y est persécuté. C’est décourageant de se rendre compte que l’Évangile qui nous fait vivre n’est pas compris par ceux qui nous entourent et qu’on aime.

Et puis, Philippe aurait eu un autre sujet de découragement : il quitte son pays pour arriver dans un des pires endroits : la Samarie. Dans la Bible, c’est le lieu où vivent les faux frères qui refusent d’adorer Dieu à Jérusalem. Ils sont pires que les païens, ce sont des hérétiques. Il n’y a pas si longtemps que cela, les deux disciples de Jésus, Jacques et Jean, lui proposaient de faire descendre le feu sur un de ces villages samaritain qui refusait de les accueillir.

Et pourtant, Philippe ne se laisse pas décourager par l’adversité. Il n’a pas l’attitude du perdant qui baisse les bras mais fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il n’arrive donc pas en Samarie découragé, mais toujours plein de l’enthousiasme de l’Évangile. Une fois arrivé en Samarie, il fait ce qu’il sait faire et qui est devenu depuis peu toute sa vie : guérir les malades, libérer les captifs, annoncer que Jésus est le Christ et qu’il est ressuscité.

Le secret de Philippe, et après lui de tous ceux qui annonceront l’Évangile, ce n’est pas un simple optimisme béat. Le monde moderne nous propose des centaines de recettes pour apprendre à voir le bon côté des choses et à positiver. Mais ce n’est pas suffisant pour combattre contre les puissances du mal qui nous pousse au découragement et nous empêchent d’annoncer l’Évangile à temps et à contretemps.

Le secret de Philippe n’est pas une méthode de bien être mais plonge ses racines dans une réalité beaucoup plus profonde : il garde la Parole de Dieu.

Bien entendu, il connaît bien la Bible et en est un expert comme on le voit un peu plus loin dans les Actes des Apôtres lorsqu’il explique croise par hasard un eunuque lisant le Livre d’Isaïe sur son char. Il monte avec lui et lui ouvre le cœur à la compréhension de la Parole. L’eunuque finit par demander le baptême et devenir lui aussi un disciple.

Mais plus encore que de connaître la Parole de Dieu, le secret de Philippe, c’est d’écouter cette Parole et de vivre à sa lumière. Il a appris à écouter et à accueillir ce que Dieu lui dit à travers chaque évènement quotidien. Il y en a des agréables et des désagréables. Il y a des choses qu’on comprend et d’autres qu’on ne comprend pas. Á travers tout cela, le disciple a une certitude qui lui permet de traverser toutes les difficultés : il n’est jamais abandonné par le Christ : « Je ne vous laisserai pas orphelin. » (Jn 14) nous a promis Jésus et il est fidèle à ses promesses.

L’attitude de Philippe c’est la même que celle de la Vierge Marie qui garde tous les évènements dans son cœur, comme le dit si bien saint Luc. Chaque évènement est relu à la lumière de l’amour de Dieu avec cette certitude qu’explique saint Paul : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. »

Jésus l’a promis : « Celui qui reçoit mes commandements [ou mes paroles] et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » (Jn 14)

Le disciple de Jésus est pétri de ce silence qui contemple l’action de Dieu en lui et dans sa vie. Il sait reconnaître la présence du maître à chaque instant, à travers chaque évènement, jusque dans les plus petits détails.

Lorsque le disciple regarde le monde, la question qu’il se pose n’est pas tellement : pourquoi ça m’arrive à moi alors que je n’ai rien fait de mal. La question que se pose quotidiennement le disciple c’est bien plutôt : « Seigneur, qu’est-ce que tu veux de moi ? ; Dans cette situation bien précise, qu’est-ce que tu me dis ? Comment veux-tu que je collabore à ton plan d’amour pour moi et pour le monde ? « Comment cela va-t-il se faire ? » pour reprendre les mots de la Vierge Marie.

L’Évangile nous fait passer de la préoccupation de notre propre confort, de ce désir de ne pas souffrir, à la joie d’entendre, de recevoir et de vivre de mille et une manière l’amour de Dieu et de pouvoir alors le partager avec les autres.

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