Déchirez vos cœurs !
« Tu me fends le cœur ! » A moins qu’elle ne soit qu’une simple manière de tricher aux cartes, cette belle expression reprise par Pagnol exprime très bien ce qui se passe quand ceux qu’on aime ne nous rendent pas un amour équivalent en retour : lorsqu’ils nous manquent d’amour.
L’amour, ou plutôt l’absence d’un amour qu’on attend nous brise en deux de l’intérieur. Il nous fend le cœur. Tous ceux qui ont vécu un chagrin d’amour le savent et n’ont pas besoin qu’on leur décrive cette souffrance qui de toute façon ne peut pas être décrite puisque les mots sont impuissants pour dire ce qu’est un cœur brisé. Aucune souffrance physique ne dépasse l’atrocité d’un cœur brisé.
Et pourtant, ce Dieu qui nous aime d’un amour pur et vrai et qui ne peut vouloir que notre bien, nous fait ce commandement en ce début de carême par la bouche du prophète Joël : « Déchirez vos cœurs ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements. »
Ceux qui pensent s’en sortir pendant ce carême en faisant simplement un petit effort pour ne pas manger de chocolat ou pour juste donner une pièce à un pauvre n’ont pas encore compris le combat dans lequel nous sommes plongés en recevant les cendres aujourd’hui et en acceptant par ce geste d’entrer en carême.
Et même ceux qui ont décidé de faire quelque chose de difficile comme par exemple d’arrêter tous les écrans jusqu’à Pâques pour prier autant de temps à la place ou qui se sont proposé de jeûner trois fois par semaine au pain sec et à l’eau ; même ceux-là ne sont pas à la hauteur du carême qui commence.
Déchirez vos cœurs ! Ayez le cœur fendu en deux ! Vivez un chagrin d’amour plus plus. C’est ça le programme.
J’ai pas envie… Moi non plus… J’ai pas envie de passer par cette souffrance d’un cœur brisé et broyé. Je préfèrerais faire comme les autres années et faire quelques sacrifices, même des grands sacrifices s’il le faut. Mais briser mon cœur ?! C’est peut-être un peu trop quand même !
Ça, c’est parce qu’on ne voit pas le plan de Dieu pour ce carême. Parce que, ce que Dieu nous propose, c’est de briser notre cœur endurci par le péché pour nous donner un cœur nouveau. Un peu comme on casse une géode. Vous savez, ces pierres assez laides à l’extérieur qu’on trouve souvent dans le désert. Si on les brise en deux, on découvre qu’elles sont magnifiques à l’intérieur.
C’est ça que Dieu veut faire dans le carême. Il veut briser cette coque extérieure qui nous enferme dans le mal. Cette colère qui nous empêche d’aimer, ce mensonge qui ne permet pas de vraie relation avec notre entourage, cette peur qui nous paralyse, cette convoitise qui nous empêche de partager avec notre prochain, cette violence qui habite nos cœurs, cette jalousie qui nous étouffe et nous empêche de respirer. Et je pourrais continuer comme cela des heures encore.
Au fond, nous savons bien, si on prend le temps de regarder avec honnêteté notre propre cœur que nous sommes entravés dans notre capacité d’aimer par toute sorte de mal.
Les petits efforts que nous faisons pour jeûner, pour partager, pour prier, ce ne sont que des moyens pour briser nos cœurs. C’est un marteau avec lequel on va marteler la géode pendant 40 jours jusqu’à ce qu’elle se brise pour accueillir la lumière de la résurrection et resplendir de l’amour de Dieu.
Prenez le temps en ce début de carême pour regarder honnêtement qu’est ce qui, en vous, empêche la lumière de passer. Puis imaginez comment vous allez briser cela. On a trois marteaux qui sont très efficaces pour briser nos cœurs : le marteau du jeûne, le marteau de la prière et le marteau du partage.
Il n’y a pas forcément besoin de donner de grands coups, des petits coups répétés tous les jours finissent par attaquer nos cœurs endurcis et avec la grâce de Dieu ils vont céder. Me priver chaque jour d’une petite chose, remettre en place une vie de prière quotidienne, partager avec mon entourage un peu de ce que j’ai.
Jusqu’à ce que mon cœur se déchire et s’ouvre à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain.