L’Esprit qui a conduit Jésus dans le désert nous y conduit à notre tour pour y être tentés. Autrement dit, lorsque nous sommes tentés, lorsque nous menons le combat de la foi, c’est l’Esprit lui-même qui nous conduit.
Ce n’est pas toujours évident à percevoir, mais quelle chance nous avons d’être invités par l’Esprit à entrer dans le combat du carême et plus largement dans le combat de la vie chrétienne ! Évidement, personne ne se réjouit d’avoir à combattre, mais quand on s’est préparé à combattre on est heureux d’avoir l’occasion de mettre la force et la technique qu’on a acquise à la sueur de notre front au service de la bonne cause.
Il est important d’aborder ce carême qui commence non pas comme un poids dont on sera libérés à Pâques, mais bien plutôt comme un temps de grâce où Dieu se rend présent dans notre désert et où nous sommes invités à combattre avec lui pour chasser les démons qui rôdent dans nos vies et stérilisent nos actions.
Conduit par l’Esprit dans le désert, c’est après 40 jours que Jésus a faim. Moi, il me suffit d’une demie journée de jeûne pour avoir faim ! Et je pense que ça devait être pareil pour Jésus. Évidement qu’il a faim et ce au moins depuis le deuxième jour. Si le texte dit que Jésus a faim au bout de 40 jours, c’est parce que sa faim est passée à un stade nouveau. Il a vraiment faim. Il arrive au point où il lui manque ce qu’il lui faut pour vivre et il se retrouve dans une situation de grande vulnérabilité. Il n’a plus la force que lui donne habituellement sa nature humaine. Il est dépouillé de toutes les armes que sa nature humaine aurait pu lui offrir pour son combat.
Le démon est une hyène qui n’attaque que lorsqu’on est faible. Mais lorsque c’est l’Esprit qui nous conduit, la faiblesse de notre nature humaine n’est que le chemin d’une force beaucoup plus grande. Le démon n’a pas vu le coup venir, il est tombé sur un os, il a attaqué un homme faible et s’est retrouvé devant un Dieu fort. Lorsque nous sommes conduits par l’Esprit nous avons d’autres ressources que celles de notre nature humaine affaiblie.
Le démon a découvert que cet homme affamé au milieu du désert n’avait pas faim comme tout le monde mais qu’il avait faim de la Parole de Dieu. Et contre cette faim-là, le démon ne peut rien. Absolument rien ! Il avait perdu d’avance. Le tentateur qui propose à Jésus de remplir sa faim par des pains est innefficace chez celui qui a faim de Dieu.
La hyène diabolique attend que nous soyons dans le besoin pour nous tenter. Nos besoins sont bien réels, comme la faim de Jésus était bien réelle, mais ce ne sont que des besoins superficiels. Le diable cherche alors à nous faire croire que notre faim est essentielle. Or elle ne l’est pas. Seule la faim qui comble notre besoin primordial est vitale. Seule notre besoin de Dieu mérite absolument d’être comblé.
C’est cela que le démon veut nous cacher en nous faisant croire qu’on va mourir si on ne succombe pas à ses tentations.
Dans sa réponse au démon, Jésus nous révèle ce dont nous avons vraiment besoin : la Parole de Dieu. C’est elle qui nous donne vie. Si nous pensons pouvoir assouvir nos passions par de la nourriture ou par des heures de visionnage de nos écrans ou par n’importe quel autre plaisir qui requiert intensément notre attention, nous nous laissons égarer par le mensonge. Nous laissons le démon nous faire croire que nous serons remplis lorsque nous aurons assouvis nos besoins primaires alors que nous serons sauvés lorsque nous laisserons enfin Dieu répondre à notre besoin d’être aimés par lui.
Pendant 40 jours, Jésus a médité la Parole, il a écouté son Père dans le silence du désert et dans ce dialogue de cœur à cœur il savait que sa nourriture, sa vie même, c’était Dieu lui-même. Voilà l’arme de la victoire du Christ sur le démon dans la première tentation. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
Si nous voulons combattre nos convoitises qui nous éloignent de Dieu et nous rendent la vie difficile, nous devons apprendre à découvrir notre faim de la Parole de Dieu, nous devons goûter à cette Parole et la laisser nous nourrir. Rien de plus efficace que la Parole pour combattre le démon. Mais si nous ne la connaissons pas, si elle n’est pas notre nourriture, alors nous sommes démunis fasse à des tentations qui dépassent de loin la grande fragilité de notre nature humaine.
Laissons l’Esprit nous conduire au désert et parler à notre cœur afin d’entrer dans la victoire du Fils de Dieu.