Investir dans la paix, non dans la guerre.
Désordre international
D’où vient le chaos politique international actuel ? Pourquoi tant de conflits sans solutions dans ce nouveau désordre mondial ? Que pouvons-nous faire et que devons-nous faire pour sortir des guerres, de la violence et de la menace de la bombe nucléaire, véritable épée de Damoclès sur nos têtes ? Que fait l’Église face à tant de souffrances ?
Où investissons-nous nos richesses ? L’industrie de l’armement a représenté en 2025 2887 milliards de dollars, ce qui équivaut à une dépense de 352 dollars par an et par habitant de la planète.
Le risque de guerre nucléaire fait trembler l’humanité. Il suffirait d’un moment de colère, de désir de vengeance, de folie voire même d’erreur humaine toujours possible pour déclencher la destruction de l’humanité. Le film Jurasik Park du réalisateur Steven Spielberg, sorti en 1993, bien avant la crise du covid, met en garde l’humanité qui pourrait jouer aux apprentis sorciers.
Le marché de la mort : course aux armements
Le cardinal, archevêque de Naples, Mgr Domenico Battaglia, a eu le courage de dénoncer la course à l’armement comme solution au risque de guerre ainsi que le marché fort lucratif des armes : « Pas de paix, tant que la guerre restera un investissement acceptable » , a-t-il déclaré. Pouvons-nous appeler marché ce qui anéantit les personnes et les biens fruit d’un long travail ? Il n’hésite pas à parler de « marchands de la mort » et du péché : le Christ continue d’être crucifié en la personne des victimes des guerres.
Les marchands d’armes, soutenus par des responsables politiques, continuent de faire des affaires avec la guerre pendant que les familles enterrent leurs morts, les médecins soignent des blessés et des handicapés sans bras ni jambes, les orphelins pleurent leurs parents …
L’Église, experte en humanité, selon l’expression du saint Pape Paul VI ne manque pas de sagesse. Pouvons-nous appeler intelligents des peuples qui investissent davantage pour rendre les autres malades que pour parvenir à la paix par le dialogue et la reconnaissance mutuelle ? Pourquoi les civilisations avancent-elles si lentement ? Le diable par qui la mort est entrée dans le monde y laisse sa signature d’affrontement et de tristesse.
La véritable naïveté serait de voir dans la course à l’armement et dans la guerre le salut des peuples. Ceux qui mettent le feu au monde finissent par s’y brûler. L’expérience le prouve.
Partir de Jésus le Christ
Pour chercher et trouver des réponses à ses questions, les chrétiens vont au Christ-Jésus, le Fils de Dieu fait homme, artisan de paix, non violent, qui a subi le supplice de la croix et dont la mort nous donne la Vie : « Le Christ-Jésus, par sa mort a vaincu la mort, aux morts il donne la vie », chantent les chrétiens dans le temps pascal, habités par l’allégresse de la Résurrection du Maître de l’histoire, alpha et oméga de la création de l’univers.
Jérusalem, cœur spirituel et politique du monde
Partir de Jésus de Nazareth veut dire partir de Jérusalem, la ville sainte, lieu saint de sa mort et de sa résurrection. Saint Luc, auteur du troisième évangile et livre des Actes des Apôtres, théologien et historien attentif à l’exactitude des événements, accorde une place capitale à la ville de Jérusalem et à son temple. C’est au temple de Jérusalem que Jésus prend la parole pour échanger avec les docteurs de la Loi et pour souligner sa mission auprès de Marie et de Joseph qui l’ont cherché angoissés pendant trois jours : « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? « (Lc 2, 49). Pour comprendre le mystère de Jésus il s’avère nécessaire de se tourner vers Dieu son Père. Entré dans l’histoire tragique de l’humanité, Jésus élève le débat vers le Ciel. Le Ciel n’est pas vide. Le cosmos n’est pas plongé dans la solitude des hommes ni dans un monde clos qui finirait dans la mort et les cimetières. La lumière et la vie viennent de Dieu le Père qui a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique pour le sauver de la violence, du péché, du mal et du malin.
Le philosophe espagnol Ortega y Gasset (+1955) aimait à présenter l’historien comme un prophète à l’envers. Le prophète annonce l’avenir. L’historien annonce le passé. En saint Luc, l’historien et le prophète ne font qu’un pour annoncer les événements et les étapes de la mission accomplie sur la terre par Jésus de Nazareth en même temps qu’il annonce la dimension surnaturelle de son Incarnation, de sa mort et de sa résurrection.
La réponse à nos questions se trouve dans le corps de Jésus, visage humain de Dieu, visage divin de l’homme ; dans sa mort comme retour au Père : « Père, en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46) ; dans sa résurrection et dans son Ascension à la droite du Père quand il bénit ses disciples : « S’étant prosternés devant Jésus, les apôtres retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient constamment dans le Temple à louer Dieu » (Lc 24, 52-53).
Ce sont ces dernières paroles de Jésus dans son Ascension que le patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa, a choisi comme titre pour sa lettre sur la vocation de la ville de Jérusalem, daté du 25 avril 2026, en la fête de saint Marc évangéliste .
La ville de Jérusalem, habitée par des Juifs, des chrétiens et des musulmans, apparaît comme le cœur religieux et politique du monde, microcosme de ce qui arrive sur les cinq continents, modèle et référence pour les nations. Quand Jérusalem va mal, le monde entier va mal, à tel point que cette ville représente un enracinement spirituel et un haut-lieu de la rencontre avec Dieu pour des millions de Juifs, de chrétiens et de musulmans.
L’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 a déclenché une réaction militaire terrible sur Gaza et ses habitants, non seulement des militaires mais aussi des civils innocents, des hommes, des femmes et des enfants blessés, affamés, tués. Des musulmans et des chrétiens en sont devenues des victimes.
Vocation maternelle de Jérusalem
Dans l’Ancien Testament, le Psaume 86 célèbre Jérusalem comme la mère de tous les peuples : « On appelle Jérusalem : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né. »
Dans les familles, la mère rassemble ses enfants dans sa maison qui demeure la maison de chaque enfant. Il arrive que les frères et sœurs ne s’entendent pas ; des rivalités, des jalousies et des disputes les opposent. Néanmoins, la mère trouve sa joie à réunir tous ses enfants et à favoriser leur harmonie. C’est cette vocation maternelle de la ville de Jérusalem que le cardinal Pizzaballa a mis en valeur dans sa lettre pastorale qui éclaire non seulement le Patriarcat latin de Jérusalem (Israël, Jordanie, Chypre et Palestine) mais aussi le monde entier.
L’Église n’a pas d’armées. Sa mission continue celle de Jésus qui avait déclaré à l’apôtre Pierre qui venait de trancher l’oreille du serviteur du Grand Prêtre : « Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. Penses-tu donc que je ne puisse faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? » (Mt 26, 51-53).
La vision de l’Église
L’Église proclame la Bonne Nouvelle de Jésus le Christ qui libère de la violence, de la vengeance, du péché et de la mort, par le pardon de Dieu et la réconciliation entre les hommes. L’Église apporte une vision de la personne humaine et du sens de l’histoire à travers la prédication et l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église.
À l’heure actuelle, nous assistons à une impuissance du droit international et des institutions internationales comme l’O.N.U. à régler les conflits et à mettre fin aux guerres. Il s’ensuit un grand désordre où règne la loi de la jungle. Le plus fort impose sa puissance aux faibles. Les mots et les concepts comme dignité humaine et droits humains perdent de leur force. Des populations entières succombent aux tentations de désespoir et de scepticisme. La foi en l’homme et la foi en Dieu en sortent amoindries.
Il arrive souvent que ce soit au nom de la liberté que l’on applique la loi du plus fort. Cela fait penser à l’expression : « Le renard libre dans le poulailler libre ». Nous connaissons la suite. Le fort dévore le faible, alors que le droit n’a de justification que de défendre la dignité de toute personne humaine, dignité égale, universelle, intérieure, ontologique, inaliénable, sacrée car donnée par Dieu : « Dieu créa l’homme à son image » (Gn 1, 27).
L’interprétation de l’histoire : une guerre invisible. Le rôle des journalistes, des historiens et des théologiens
Dans la recherche de la justice et de la paix, l’interprétation des événements de l’histoire joue un rôle déterminant. La paix ne se gagne pas seulement sur les fronts militaires , elle se gagne aussi dans les media et les livres d’histoire.
Il y a les armes et les armées ; les chefs d’État et les institutions internationales. Il y a aussi la relecture et l’interprétation des événements. « Les faits sont sacrés, les interprétations sont libres », dit une devise des journalistes. Internet propose des interprétations contradictoires. Au-delà de sa dimension technologique, Internet représente une philosophie relativiste où il n’y a pas de vérité mais des opinions : « À chacun sa vérité ! » ; « il n’y a pas de vérité mais des vérités ». « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18,38), avait dit Pilate à Jésus.
L’Église cherche la vérité à la lumière de la révélation biblique, dans la prière à l’Esprit Saint, de manière communautaire, dans le dialogue et la synodalité. Le bienheureux frère dominicain, Pierre Claverie (+1996), évêque, martyr à Oran, qui n’avait rien d’un philosophe relativiste, n’hésitait pas à affirmer : « J’ai besoin de la vérité des autres ». L’humilité lui semblait le seul terreau susceptible de voir fleurir le dialogue dans l’altérité. Pour cela, il faut rencontrer les autres les considérant sur un pied d’égalité : « Il n’y a pas de dialogue (…) si nous croyons que nous sommes meilleurs que l’autre, plus forts que l’autre, plus saints ». Attitude aux antipodes des propos méprisants ou arrogants.
D’où la nécessité de l’étude, des rencontres et du dialogue. Pour les chrétiens, Jésus est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Mais la vérité divine ne saurait être enfermée dans des concepts humains. Le mystère de Dieu dépasse les significations des mots. « Si tu comprends Dieu, il n’est plus Dieu », enseignait saint Augustin pour montrer la transcendance divine.
Mais il n’en va pas de même pour les vérités humaines en développement selon les recherches et les interprétations. La gestion des conflits passe par l’écriture de l’histoire. « D’où parles-tu ? », cette question remet en cause l’objectivité dans l’interprétation des faits historiques. Des vaincus n’écrivent pas l’histoire comme des vainqueurs, des colonisateurs ne voient pas l’histoire de leurs actions comme les personnes colonisées ou réduites en esclavage. Il importe d’investir dans l’exégèse des événements comme un investissement pour la paix. Il est des écritures de l’histoire qui manipulent les faits ; il est des livres d’histoire qui engendrent la haine. Pour que « la justice et la paix se rencontrent » (Ps 85, 11), chaque peuple et chaque groupe humain doit pouvoir écrire son histoire et la transmettre.
Le cardinal Pizzaballa relie la violence à l’incapacité de relire son histoire sous un angle de rédemption. Les Saintes Écritures sont appelées histoire sainte alors qu’elles racontent des crimes, des adultères, des mensonges, des trahisons … L’histoire d’Israël est sainte parce que sanctifiée par Dieu trois fois saint. La généalogie de Jésus lui-même rappelle l’adultère, le meurtre et la prostitution (cf. Mt 1, 1s et Lc 3, 23-38). L’interprétation de l’histoire a besoin d’être sauvée aussi bien sur le plan de l’histoire des personnes prises individuellement que l’histoire des peuples. Le Salut apporté par Jésus-Christ s’applique à l’écriture de l’histoire. Aussi le cardinal Pizzaballa écrit-il : « On a tendance à vouloir s’approprier le récit des événements, comme un territoire à défendre, en remettant continuellement en question le récit historique de l’autre. » L’histoire devient alors une « mémoire toxique qui pollue les relations ». Il convient de parler de violence dans l’écriture de l’histoire. Il faudra aussi « purifier la mémoire historique » par reconnaissance des torts et la demande de pardon aux autres et à Dieu, ce que le cardinal appelle « rédemption de l’histoire ». Et tout cela en ayant à l’esprit le futur que Dieu promet et qu’il donne. L’Esprit Saint donne rendez-vous dans le futur. Ce n’est pas sans raison que la libération de l’Exode a été appelée « le don d’une conquête », tâche humaine et grâce divine à la fois.
L’Apocalypse parle des « portes toujours ouvertes » (Ap 21,25). Et le cardinal Pizzaballa d’écrire au sujet de la Jérusalem nouvelle voulue par Dieu : « Tous peuvent faire partie du peuple saint de Dieu ». Dans le respect des droits des autres, il devient alors possible de partager un projet commun, inclusif.
La violence se manifeste aussi dans le désir de dominer l’autre dans sa relecture de l’histoire.
Les récits et les images comme arme de guerre
Aujourd’hui les moyens de communication sociale sont devenus des armes de guerre. Il y a la guerre des images, de petites phrases parfois empoisonnées, la fausses nouvelles, la manipulation de l’information au profit des idéologies.
Les théologiens et les historiens sont en ce sens de protagonistes dans la gestion des conflits qui trouvent la plupart du temps leur origine dans les propos entendus dans la famille, dans les livres d’histoire à l’école, dans les recherches universitaires.
Sur le plan de la vulgarisation, l’impact des propos des journalistes grandit de jour en jour et ils ont des responsabilités face à l’histoire par leur manière de raconter le monde.
Ils s’adressent non pas à des cercles restreints mais à des publics très vastes, façonnant ainsi l’opinion publique, les mentalités, les choix politiques et en définitive les décisions sur la paix ou la guerre.
Les génériques des journaux télévisés présentent souvent la terre qui tourne avant de faire un zoom avant sur le journaliste qui annonce « les principaux titres de la journée » plutôt que ses principaux événements. Nombreux sont les événements des personnes et des groupes qui dépassent en importance ce qui paraît à la télévision. Le présentateur ou la speakerine du journal télévisé apporte ses choix et ses commentaires, en donnant une interprétation et une signification aux faits évoqués. Ces journalistes font penser aux grands prêtres qui commentent dans les temples les écritures en les actualisant.
Cet enjeu et ces conséquences pour l’opinion publique appellent des formations des journalistes, une éthique de la communication et un esprit critique du public (lecteurs, auditeurs, spectateurs, internautes …).
La psychologie et les blessures cachées des peuples et des responsables politiques
L’histoire personnelle des responsables politiques et leurs sentiments forment la face cachée de l’iceberg qu’il convient de connaître et d’étudier.
Lors des interventions publiques, ce sont des idéaux et des principes qui sont invoqués comme déterminants dans la prise de décisions : la justice, la légitime défense, la liberté, la protection du pays …
Mais les personnes agissent selon leur histoire personnelle, leurs chocs émotionnels, leurs sentiments, leurs émotions … Par exemple, le sentiment d’infériorité, le ressentiment, le désir de vengeance …
Ces sentiments existent aussi bien dans les personnes à titre individuel que dans les groupes ou les peuples. Un peuple humilié cherchera à relever le défi de vaincre celui qui l’a rabaissé. Il suffit de penser à la Corée du Sud et à son investissement pour dépasser le Japon. L’historien britannique des civilisations, Arnold J. Toynbee (+1975), a décrit comment les civilisations naissent face à des défis et comment elles déclinent une fois les défis atteints.
Un proverbe espagnol transmet l’expérience populaire avec cette formule : « Dis-moi de quoi tu te vantes, je te dirai ce qui te manque ». Les riches ne se disent pas riches de peur d’être volés ou de subir davantage d’impôts. Ceux qui n’ont pas l’argent qu’ils voudraient, s’enorgueillissent. Les forts n’ont pas besoin de manifester avec éclat leur force ; ils sont capables d’utiliser leur force pour protéger la vie et les faibles. Un homme viril aime les bébés et protège les personnes vulnérables. Une personne avec complexe d’infériorité cherchera peut-être à manifester sa recherche de pouvoir par la violence comme cela se voit dans les cours de promenade des prisons. Le « caïd » roule les mécaniques, menace ou frappe, tout en connaissant au fond de lui-même sa fragilité.
Le ressentiment
« Partout où je passe, je retrouve du ressentiment », me disait ce temps-ci un ami réunionnais, bon connaisseur de la culture et de la vie associative et politique de l’île.
Dans les couloirs de la prison de Domenjod (Saint-Denis de La Réunion) figure le portrait de Nelson Mandela (+2013), l’ancien président de l’Afrique du Sud, qui sauva son peuple de la violence et de la ruine économique. Après vingt-sept ans passés en prison, il aurait pu succomber à la tentation de la vengeance. Humaniste chrétien, il se donna corps et âme au service de la réconciliation nationale. Il sut dépasser personnellement le ressentiment. Des millions de citoyens sud-africains le suivirent dans sa détermination de vaincre l’injustice par le pardon, le mal par le bien.
Le mot ressentiment commence par « re » de ressasser. Le ressentiment comporte la reprise et la répétition aussi ennuyeuse que stérile des sentiments d’animosité, d’irritation et de haine. Le ressentiment rend malheureux et triste. C’est pourquoi le philosophe Max Scheler (+1928) le définit comme « une intoxication, la sécrétion néfaste, en vase clos, d’une impuissance prolongée ». Ceux qui laissent grandir en eux le ressentiment deviennent des êtres dévorés, rongés, possédés par des pensées négatives d’agressivité, d’envie, de jalousie voire de haine.
La recherche de la paix passe par une guérison psychologique et une conversion personnelle de manière à passer de la volonté de domination et de possession à un investissement dans la connaissance de l’autre, à sa reconnaissance et au développement des relations humaines dans la vérité et l’amour. Dans sa lettre, le cardinal Pizzaballa évoque le texte de l’Apocalypse sur la Jérusalem nouvelle « où il n’y a pas de mieux à posséder, mais des relations à construire » ; « Dieu n’habite pas dans un édifice, mais dans la relation ; non pas dans un lieu à conquérir et à posséder, mais dans l’histoire ».
Des relations à construire : la prédication et la diplomatie de l’Église
Chaque chrétien, depuis le plus petit dans l’âge ou dans le statut social, jusqu’au responsable le plus haut placé comme le Pape, ont mission d’investir leurs forces physiques, affectives, intellectuelles et spirituelles pour construire des relations de paix.
La prière
C’est pourquoi le cardinal Pizzaballa met en lumière la primauté de la liturgie et de la prière. L’agression du 7 octobre 2023 rappelle la fécondité de la prière du Rosaire lors de la bataille de Lépante le 7 octobre 1571. Là où la violence a abondé, la grâce de la paix peut surabonder par la prière à Dieu, bon, qui veut le salut de tous. Ce qui est impossible aux forces humaines devient possible avec Dieu. Que des conflits ont trouvé une issue heureuse grâce à la prière au Seigneur, riche en miséricorde ! La prière du Rosaire avec la Vierge Marie, Notre-Dame de la Paix, figure comme un phare de lumière dans les ténèbres de l’histoire marquée par la guerre. Il est bon de se rappeler de la déclaration de foi du général Montsabert lors de la libération de Marseille en 1944 : « C’est Notre-Dame de la Garde qui a tout fait ».
La famille
Les familles, églises domestiques, peuvent contribuer aussi à la paix. C’est dans la famille, que l’enfant apprend à vivre ensemble, à respecter l’autre et à interpréter l’histoire des événements. S’il est vrai que les parents peuvent transmettre la peur de l’autre ou le mépris, ils peuvent aussi ouvrir l’esprit de l’enfant à la rencontre et au respect.
Les écoles
Dans les écoles, des enfants de religions et de cultures différentes grandissent ensemble en devenant souvent des amis. En ce sens, les écoles représentent des ateliers et des laboratoires d’une société nouvelle.
Au service de la guérison de tous
Le cardinal Pizzaballa rappelle aussi le témoignage des hôpitaux et des œuvres sociales de l’Église au service de tous. Il y voit les feuilles qui guérissent décrites dans le livre de l’Apocalypse : « L’ange me montra l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne des fruits douze fois : chaque mois produit son fruit ; et les feuilles de cet arbre sont un remède pour les nations » (Ap 22, 1-2). Les dispensaires, les hôpitaux et les œuvres sociales de l’Église manifestent le mystère de la Trinité en acte, par la charité divine agissant dans les croyants. « Tu as vu la charité, tu as vu la Trinité », s’exclamait saint Augustin.
Par ailleurs, le Patriarche latin de Jérusalem exhorte à intégrer les personnes âgées, mémoire vivante, dans le travail pour la paix. Ils ont traversé le temps et surtout des épreuves : la guerre, l’exode, la maladie … Ils ne sont pas un poids pour la société mais une richesse de sagesse. Dans l’Église comme dans l’humanité, personne n’est de trop.
« Si les personnes âgées sont la mémoire, les jeunes sont la prophétie », écrit le cardinal Pizzaballa. Chaque génération a son rôle à jouer. L’Église a toujours mis en avant la vie des enfants et des jeunes. C’est ainsi que la foi d’une jeune fille, Marie, devenue Mère de Dieu, est citée comme exemple de courage dans les épreuves et de valeur sacrée aux yeux de Dieu et au bénéfice de toute l’humanité. Une âme qui s’élève élève le monde.
Les prêtres, les religieux et les religieuses accomplissent une tâche prophétique spécifique au service de l’unité et de la paix. Ils relient les personnes et les groupes par un appel qui vient d’en-haut et qui rassemble dans une communauté de destin. Souvent, prêtres et religieuses vivent dans leur chair la peur, la faim et les bombardements.
Le dialogue œcuménique des catholiques, orthodoxes et protestants permet de parler d’une seule voix tandis que le dialogue interreligieux rassemble dans le dialogue de la vie et de la prière malgré les méfiances et les déceptions.
La vision chrétienne qui sort de la révélation divine dans la Bible et en l’occurrence de l’Apocalypse est claire. Il s’agit de vivre une « pâque », un passage de la logique du pouvoir, de la domination et de la possession et à la logique du don de l’Agneau immolé, gloire de Dieu et lumière du monde.
La prédication du Pape Léon XIV
Le Pape Léon XIV prêche la paix à temps et à contretemps. Par des formules ramassées, pensées et priées longuement, il appelle au dialogue en proposant « une paix désarmée et désarmante » qui bouleverse les consciences et parvient à convaincre plutôt qu’à vaincre.
Le dimanche des Rameaux, le 29 mars 2026, le Pape Léon XIV a prêché la paix : « Frères et sœurs, voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant : « Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang » (Is 1, 15) ».
Prière pour le désarmement et la paix (Pape Léon XIV, 3 mars 2026)
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur de la Vie,
Toi qui as façonné chaque être humain à ton image et ressemblance,
Nous croyons que tu nous as créés pour la communion, non pour la guerre,
Pour la fraternité, non pour la destruction.
Toi qui as salué tes disciples en disant : « La paix soit avec vous »,
Accorde-nous le don de ta paix
Et la force de la rendre réelle dans l’histoire.
Aujourd’hui, nous élevons notre prière pour la paix dans le monde,
En suppliant que les nations renoncent aux armes
Et choisissent le chemin du dialogue et de la diplomatie.
Désarme nos cœurs de la haine, du ressentiment et de l’indifférence,
Afin que nous devenions des instruments de réconciliation.
Aide-nous à comprendre que la véritable sécurité
Ne naît pas du contrôle nourri par la peur,
Mais de la confiance, de la justice et de la solidarité entre les peuples.
Seigneur, éclaire les dirigeants des nations,
Pour qu’ils aient le courage d’abandonner les projets de mort,
D’arrêter la course aux armements
Et de placer au centre la vie des plus vulnérables.
Que jamais plus la menace nucléaire ne conditionne l’avenir de l’humanité.
Esprit Saint,
Fais de nous des bâtisseurs fidèles et créatifs de paix quotidienne :
Dans nos cœurs, nos familles,
Nos communautés et nos villes.
Que chaque parole bienveillante, chaque geste de réconciliation
Et chaque choix de dialogue soient les semences d’un monde nouveau. Amen.
Léon XIV(3 mars 2026)