« Heureuse prison que votre présence illumine ! »
Ainsi s’adressait saint Cyprien de Carthage, évêque et martyr, aux prêtres, diacres et fidèles persécutés en Afrique du Nord en l’an 258 . À ceux que l’on jetait en prison à cause de leur foi, il écrivait :
« Heureuse prison qui envoie vers le ciel les hommes de Dieu ! Ténèbres plus brillantes que le soleil lui-même, plus éclatantes que ce flambeau du monde, prison où sont établis les temples de Dieu, où vos membres ont été consacrés par la confession du nom du Seigneur Jésus-Christ ! »
Réjouissez-vous et louez le Seigneur : dans la discrétion, Il se manifeste aux cœurs assoiffés de Dieu. Il apporte sa paix divine au milieu des tensions carcérales. Qui pourra nous enlever cette présence douce et forte, plus puissante que toutes les violences humaines ? Personne — sauf nous-mêmes, si nous mettons Dieu de côté, si nous fermons nos oreilles et nos âmes à l’appel de Jésus-Christ, vainqueur des puissances du mal.
Bénissons le Seigneur « qui soutient ceux qui tombent et relève tous les accablés » (Ps 144,14). Oui, Dieu vient vers nous dans sa tendresse et sa miséricorde, plein d’amour, sans colère.
Heureuse prison de Domenjod : lieu où l’Esprit agit
Heureuse prison de Domenjod où circule l’Esprit de Dieu, qui fait passer des ténèbres du désespoir à la lumière de la foi en la résurrection. Heureux sommes-nous si nous mettons notre confiance en la grâce de Dieu plutôt qu’en nos propres forces. L’Esprit Saint frappe à la porte de nos âmes pour y faire sa demeure.
Heureuse prison où Dieu se révèle aux hommes et aux femmes blessés par leurs fautes, honteux de leur déchéance, ces tout-petits au cœur brisé, au bord du gouffre. Ils ressemblent au bon larron qui, du fond de sa misère, sur la croix, a murmuré à Jésus : « Souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume. » Et Jésus lui a ouvert les portes du Ciel : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,43).
Seul Jésus, le Fils de Dieu, connaît les secrets du Père et les révèle aux humbles, tandis que les arrogants avancent dans l’aveuglement de l’orgueil.
« Venez à moi » : la voix de Jésus dans la prison
La voix de Jésus retentit :
« Venez à moi, vous qui êtes fatigués, écrasés par le poids de la vie. Je vous donnerai le repos. Apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur » (cf. Mt 11,29).
Alors vous n’aurez plus besoin de zamal, de cocaïne ou du dou. Vos corps vidés par la souffrance seront remplis d’un amour plus fort que la mort. Vos esprits, attirés par l’ivresse, danseront d’une joie divine. Votre deuil deviendra allégresse grâce à la présence intime de Jésus au plus profond de vous-mêmes. Sa lumière brillera dans votre mal-être. Le mystère de Dieu, qui est communion, abolira les séparations et vous reliera à Dieu et aux autres dans l’étreinte de l’Esprit Saint. Vous découvrirez votre identité originelle, unique, précieuse.
La Bible : nourriture des âmes en prison
Heureuse prison de Domenjod où la Bible nourrit les âmes, où les pages de l’Évangile sont mouillées des larmes d’hommes virils et de femmes fortes découvrant qu’ils sont aimés de Dieu, pardonnés sans reproches, à l’exemple de Pierre, qui avait renié Jésus trois fois, et à qui le Ressuscité demanda trois fois : « Simon-Pierre, m’aimes-tu ? » (Jn 21,15) ; l’amour de Pierre a renversé son triple reniement. Il en va de même pour nous : notre amour pour Jésus dépasse nos crimes et nos péchés ; à l’image de Marie Madeleine, bouleversée de douleur auprès du tombeau, qui tressaille lorsque Jésus prononce son nom : « Marie ! » ; un simple mot de Jésus peut transformer notre coeur.
Une mission confiée aux personnes détenues
Heureuse prison de Domenjod où les personnes détenues reçoivent une mission sublime : témoigner de leur foi sans prosélytisme, par la prière discrète, par l’attention fraternelle en cellule ou en promenade, par des paroles empreintes de lumière et de grâce.
Heureuse prison qui compte sur la prière des chrétiens à l’extérieur : familles, couvents, paroisses. Il n’y a pas deux Églises — celle des libres et celle des prisonniers — mais une seule Église, unie dans l’Esprit Saint, rassemblant ceux qui sont dedans et dehors, ceux de la terre et ceux de la Jérusalem céleste.
La miséricorde de Dieu dans l’histoire de l’Église
L’histoire de l’Église témoigne de la compassion envers les condamnés.
Sainte Catherine de Sienne (†1380), la mystique dominicaine, qui conduit à Jésus Niccolo di Tuldo, aux prises avec le diable et condamné à mort.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face intercède pour Pranzini, criminel endurci. Juste avant son exécution, il embrasse trois fois le crucifix proposé par l’aumônier pour entrer ainsi dans le Paradis, comme le bon larron.
Les sacrements : guérison et salut
Heureuse prison de Domenjod où les sacrements sont célébrés :
– le baptême qui fait renaître ;
– la confirmation qui donne la force de l’Esprit ;
– la réconciliation qui libère des chaînes du péché ;
– l’eucharistie, sacrement de l’amour qui unit les hommes à Dieu et entre eux.
Heureuse prison où beaucoup respectent la liberté de conscience et les croyances des autres.
Heureuse prison où les gestes d’entraide ne sont pas si rares, signe de l’action de Dieu.
Heureuse prison où des surveillants veillent avec bienveillance et délicatesse.
Conclusion
Heureuse prison de Domenjod où Dieu accomplit en chacun une œuvre si belle et si grande qu’il serait impossible de tout écrire (cf. Jn 21,25). Ce que nous voyons et ce que nous ressentons nous conduit à croire en Jésus le Christ, en qui nous avons la Vie éternelle.
Amen.