Prière, partage et pénitence. Voici le trépied sur lequel repose le Carême. En 18 février, l’Église fait habituellement mémoire de deux grands saints : sainte Bernadette de Lourdes (+1879) et Fra Angelico (+1455), le peintre dominicain de Florence, patron universel des artistes. Leur foi et leur sainteté font briller la lumière du Christ ressuscité sur le chemin qui va nous conduire au mystère pascal, à Jérusalem, sur le Calvaire et dans le jardin fleuri de la résurrection.
Lors des apparitions de Lourdes, la Dame de la grotte, la Vierge Marie, égrenait son chapelet. Bernadette qui venait d’avoir quatorze ans priait le sien. « Pénitence, pénitence, pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs », dit la Vierge Marie à Bernadette.
La Vierge Marie, la toute sainte, est apparue à une jeune fille pauvre dans « la tute aux cochons », endroit sale, obscur, humide et froid.
Le diable est froid. Le péché ne se réduit pas à la faiblesse ou à l’erreur, il naît dans l’orgueil, l’arrogance, le narcissisme, l’idolâtrie de soi-même. Dans le péché, nous mettons Dieu de côté, nous prenant nous-mêmes pour Dieu.
Jésus est venu non pas pour les justes mais pour les pécheurs et pour les malades. Là où le péché abonde avec son odeur de mort, la grâce surabonde avec son parfum de résurrection.
La Vierge de Lourdes désire le rassemblement des chrétiens en prière : « Allez dire aux prêtres que l’on vienne ici en procession et que l’on y bâtisse une chapelle. »
En ce Carême, il importe de se réunir pour prier ensemble, en Église. C’est le désir de Dieu, c’est le commandement de l’Église qui demande aux fidèles de se rendre à l’église les dimanches et les jours de fête pour y célébrer la messe. L’eucharistie, nourriture pour la foi, n’est pas une option parmi d’autres. Tout au long de l’histoire de l’Église, les chrétiens ont vécu la célébration de la messe comme un besoin vital. Les martyrs d’Abitina, au IVe siècle, persécutés par l’empereur Dioclétien, n’hésitaient pas à déclarer : « Sine dominico non possumus », « sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre. »
En ce Carême, Dieu ne nous demande pas la lune. La Réunion était connue comme une île catholique ; elle l’est de moins en moins, avec un pourcentage de pratique religieuse le dimanche qui se rapproche de la métropole. Prenons-nous vraiment au sérieux notre santé spirituelle personnelle et communautaire ? La résignation n’est pas une vertu chrétienne. L’espérance l’est. Chacun d’entre nous a reçu mission de faire connaître et aimer Jésus.
Sans la Parole de Dieu, sans la Communion au Corps du Christ, sans le rassemblement dominical, la foi s’affaiblit et les chrétiens deviennent tièdes. L’expérience prouve qu’il suffit de peu pour que des personnes se tournent vers Dieu. Puissions-nous devenir des témoins encourageants de la foi chrétienne. « Si ton cœur te condamne, Dieu est plus grand que ton cœur » (I Jn 3,20). Il ne s’agit pas de faire la morale aux autres et de les culpabiliser ; l’amour de Dieu vient renouveler notre existence dans une nouvelle naissance qui fait resplendir la beauté du Christ ressuscité. Pourquoi ne pas organiser des missions paroissiales ? Comme les braises s’enflamment à l’arrivée du vent, la foi cachée des Réunionnais s’enflammerait aussi au souffle de l’Esprit Saint.
« À Lourdes, la Vierge Marie était tellement belle que l’on voudrait mourir pour la revoir », déclara Bernadette. La prière embellit et dévoile notre dignité sacrée. « Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu », écrit saint Paul dans l’épître aux Colossiens (Col 3,3). Le Carême n’est pas triste ni voleur d’énergies. Le Christ vient rejoindre les profondeurs de notre âme, nos ténèbres, notre mal-être, pour y faire resplendir sa lumière.
Le Carême fait voir l’invisible par la foi. Nous qui sommes habitués au paraître, au look et à la publicité, « fils de pub », le Carême vient nous dévoiler la présence aimante et lumineuse du Christ dans nos vies quotidiennes. Homme insensé que celui qui se moque de la prière, du partage, du jeûne et de la pénitence, accomplis dans la foi et l’amour.
La foi fait voir. La Parole de Dieu fait entrevoir Dieu. Dieu invisible se rend visible aux cœurs qui prient, qui partagent et qui se sacrifient au service des autres.
La foi fait voir aussi les murs invisibles qui nous séparent les uns des autres : manque de dialogue et de communication dans nos familles et dans nos communautés, colère, frustration et agressivité. De mauvaises paroles sont alors déversées dans la colère. On étouffe, on sature. Au lieu de construire nous détruisons.
Fra Angelico manifeste l’invisible dans le visible. Il ne dépeint pas un autre monde mais un monde autre, auréolé de la gloire de Dieu qui transporte dans le Ciel, couleur or et bleu. Fra Angelico, dominicain, a transmis son expérience de prière contemplative dans la peinture : « Celui qui fait les choses du Christ, avec le Christ doit toujours rester », aimait-il à dire. Aimant les miniatures, il a revêtu de la lumière diaphane du Ressuscité les petites choses du quotidien, qui semblaient insignifiantes et éphémères, leur accordant un rayonnement immatériel et une consistance éternelle.
Confions ce Carême à la Vierge Immaculée. Puisse l’intercession de sainte Bernadette et de Fra Angelico éclairer nos routes. Que nos cœurs chantent la miséricorde de Dieu : « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu ; rends-moi la joie d’être sauvé » (Psaume 50).